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Y’a de la gouache partout sur les "rézo", ça clashe et ça crache plus fort que Seth Gueko. Les mecs, ils sont trop mignons. Ils se donnent des petits noms genre "paladins chatoyants" (trop trop keur), ça parle de "kandanface", tandis qu'ailleurs, on donne dans le "gromaskuréak". Je prends des notes pour alimenter mon dirty talk, régulièrement.

 

Les mecs voient tellement le monde rôliste en noir et blanc qu'on dirait qu'ils jouent aux échecs, tu sais. Pis, ça parle stratégie, et tout.  Ca fait des cartes ciblant les zones "touchées" par cette idéologie oppressante. Ca parle de s'organiser pour lutter contre la Grande Menace.  Juste pour info, je suis joueuse depuis suffisamment d'années pour savoir qu'aucun plan mis au point par des rôlistes ne marche, je vous glisse l'info, comme ça.

 

"Mais c'est quoi, cette Grande Menaaaace, Morora ?".

 

Note : En vrai, toi même tu sais que les 3/4 d'entre nous, on s'en fout complet de ces histoires, sauf quand on est aux toilettes car ces clashs creux à répétition, ça fait quand même beaucoup de lecture. On veut juste jouer en paix, on respecte les pratiques de chacun et on se fout de ce que tu fais avec tes potes, sécurité émotionnelle ou non, du moment que tout est fait dans le consentement de chacun...

 

La sécurité émotionnelle : la menace fantôme

 

Ah, c'est un truc tellement hardcore, je m'effraie moi même tandis que mes doigts pianotent sur le clavier. La Grande Menace, c'est...la sécurité émotionnelle. Alors, qu'est-ce que c'est, concrètement la sécurité émotionnelle ? Je définirai ça comme la volonté et l'ensemble des moyens mis à oeuvre afin qu'une partie se déroule dans le respect et la bienveillance pour tous et toutes. 

 

Alors contre toute attente, le mot bienveillance fait baliser certaines personnes. "Ah, non, moi, je veux pas que tu sois gentille avec moi ! J'en veux pas, de ta bienveillance, je veux que ça se passe maaaaal". Si tu as envie que je te maltraite, ça peut s'arranger : patiente un peu, j'enfile mes cuissardes et call me Mistress, honey, tu vas voir.

Plaisanterie mise à part, je balance la définition du concept de bienveillance pour qu'on soit clairs sur les mots parce que sinon, ça va partir trop loin, encore :

 

"Bienveillance \bjɛ̃.vɛ.jɑ̃s\ féminin

  1. Motivation à respecter autrui et agir pour son bien."

 

Donc, y'a des gens, quelque part et ça, je l'ai vraiment lu/entendu, qui balisent parce que tu es déter pour les respecter et agir de manière positive à leur égard. Ca me rappelle un peu dans les dessins animés, quand les méchants, de manière caricaturale, ont des valeurs inversées à celles des héros. Tu vois le délire, genre, ils appellent leur maître machiavélique, "Votre Puanteur", et ils prennent la gentillesse pour une insulte. 

 

Quant au respect, la définition, elle est simple, c'est ce que t'as pas sur le dernier slogan de la FFJDR qui te dit qu'elle te fait le coup de la "Ja-panne" pour t'attirer sur le stand jdr. C'est bien beau de donner dans la féminisation des noms si c'est pour derrière faire des blagues nulles et sexistes (et je clashe ici juste le slogan pas la production visuelle).

 

 

Mon point de vue sur la question : la différenciation ludique

 

Qu'on soit clairs sur mes intentions : l'article qui suit vise à faire un état des lieux de certaines pratiques et à en proposer d'autres. Personnellement, je ne fais pas usage de ces outils en tant que joueuse car je n'en ai jamais ressenti le besoin, mais si ça peut répondre aux besoins de quelqu'un, moi, je dis pourquoi pas ? 

 

De la même manière qu'on fait de la différenciation pédagogique à l'école afin de répondre aux besoins des différents profils d'apprenants d'un point de vue cognitif mais aussi émotionnel, il me semble pas déconnant de proposer une différenciation ludique. 

 

Pour continuer le parallèle, en tant que prof, si tu gères pas tous les profils présents dans ta classe, tu en exclues, de facto, certains de tes apprentissages. Je pense que si tu ne mets pas tout en oeuvre pour que la partie soit adaptée aux besoins de chacun, tu prends la responsabilité morale d'exclure certains joueurs ou joueuses de la partie. 

 

Alors, y'a plein de moyens de différencier : genre les aides visuelles pour ceux qui ont du mal à se projeter, adapter ses police pour les dyslexiques, s'adapter aux sourds et malentendants avec un traducteur LSF, s'adapter aux allophones en s'appuyant sur un lexique simple et du visuel, etc (je vais pas m'attarder là-dessus dans ce billet mais j'y reviendrai sûrement dans un autre) mais je pense que sécuriser émotionnellement ses joueurs, ça en fait partie aussi.

 

Tu les mets en confiance grâce à différents procédés pour que tout se passe bien et que tout le monde soit au taquet et s'épanouisse quand vous êtes ensemble, c'est ça, le but. De cette manière, on s'assure que les pratiques ludiques sont accessibles à tous et toutes. Note bien que ces procédés ne sont pas universels et il est nécessaire de s'adapter aux différents profils de joueurs. 

 

Aussi, je préciserai ici ma pensée en définissant exactement ce que j'entends par différenciation ludique : c'est une démarche qui consiste à mettre en oeuvre un ensemble diversifié de moyens visant à ce que des joueurs d'âge, de profils cognitifs et sensibilités hétérogènes puissent atteindre par des voies différentes des objectifs communs, à savoir jouer et passer un bon moment.

 

C'est une démarche inclusive et égalitaire, à mon sens, puisqu'on s'adapte aux besoins de chacun en veillant à ce que chaque joueur parvienne au même but, à savoir s'amuser.

 

"Oui mais moi, ça me fait chier, ces histoires de différenciation, ça pourrit mon jeu et mon immersion."

 

Ben, déjà, coco, rien t'oblige à jouer avec des gens qui pratiquent ceci mais laisse-moi te dire que si ton amusement prime sur le fait que quelqu'un se sente exclu ou soit en bad réellement autour de ta table, ben, t'es un peu une raclure de chiottes d'Arkham.

 

Il n'y a rien d'obligatoire dans ces pratiques, elles sont facultatives, personne ne t' oblige à rien contrairement à ce que certains pensent. J'attends toujours qu'on me montre les textes imposant aux MJ d'utiliser ces outils. On me parle souvent de charte mais quand je les lis, c'est écrit "conseillé", pas "obligatoire". Et je trouve ça bien qu'elles soient conseillées, perso, ça incite à inclure tout le monde et si ça se répand dans les conventions pour permettre à un public plus hétérogène de s'intégrer et de s'amuser, tant mieux.

 

Alors, d'après certains en convention, y'aurait des orgas qui laissent une carte X (LA FAMEUSE) plastifiée à disposition sur la table, ben, ça n'oblige personne à l'utiliser, clairement. Les mecs ont juste dû vouloir anticiper des besoins et fournir un peu de matos.

 

Si t'en veux pas, tu la laisses de côté, arrête de réagir comme un vampire face à un crucifix, tu vas pas mourir si tu poses ton boule à une table où y'a ce bout de papier.

 

De toute façon, avant la partie, vous discutez un peu de ce qui est proposé autour de la table pour établir el famoso contrat social, non ? Bon, à ce moment là, libre à l'ensemble de la table de dire si elle veut utiliser ou pas ces outils et libre aux gens de faire la partie ou non.

 

Quels sont les outils mis à disposition ? Cékoikiféskandal ?

 

Ah, y'a tellement de gens qui ont expliqué les outils émotionnels les plus connus que j'ai l'impression de faire un mauvais remix de l'été avec des vieux morceaux, un peu comme J-Lo a repris La lambada pour sortir On the floor.

Je vais pas m'attarder dessus car c'est déjà très bien synthétisé par Doc Dandy ici,  sur le site de Frédéric Sintes,  et sur Ludomancien, notamment.

 

Encore une fois, ces outils ne conviennent pas à tout le monde, évidemment, on a tous nos manières de fonctionner et il s'agit de chercher à développer des moyens de communiquer ses émotions et ses limites de manière transparente. 

Perso, à mon avis, meiner Meinung nach qui n'engage que moi en tant que joueuse, j'aime moyen la X-Card parce qu'on la jette au milieu de la table comme une Cat's eyes sortie de nulle part et qu'on discute pas trop de ce qui passe exactement dans la tête de ton joueur: comment il se sent, est-ce qu'on peut le soulager.

 

 

Pour moi, l'interruption pure et simple de la fiction conduit à un échec de communication et de soutien vis-à-vis du joueur en détresse. Du coup, oui, tu signales que tu fais un malaise mais d'un autre côté on sait pas trop comment t'aider. Est-ce qu'on laisse le joueur en PL-hess tout seul dans son coin ? On lui envoie des paquets de kleenex en silence ? Comment ça se passe ? Ca, c'est mon questionnement de joueuse qui trouve des limites assez rapidement à cet outil là, à moi, tu as le droit de pas être d'accord, hein. Si la X-Card te convient et que toi tu as besoin de ça, c'est okay. 

Je trouve que d'un point de vue communication, on est pas au top avec ce truc parce que ça peut foutre le MJ ou les autres joueurs dans une position de stress émotionnel de leur côté en voyant quelqu'un péter un câble sans pouvoir le soulager ou contribuer à ce qu'il aille mieux. C'est quelque chose qui peut être impressionnant ou susciter un stress émotionnel pour les autres joueurs autour de la table, une interruption brutale sans dialogue. 

"Oui mais s'il veut pas parler de son trauma, c'est bien la X- Card" ? Ben rien ne l'y oblige et ce n'est pas ce qui est demandé, pas besoin de nous faire un flashback ou de t'imposer un récit douloureux de qui te gêne, ce serait contre-productif.  Encore une fois si la X-Card et sa manière de faire te convient, tant mieux pour toi. Moi, ça me convient pas en tant que joueuse. Il me semble plus sain et sécurisant d' exprimer :

1. un état émotionnel

2. un besoin immédiat, d'une demande que l'on peut combler pour soulager la personne concernée.

 

Si toi aussi, cette manière de communiquer te parler, ça tombe bien, c'est le principe de la CNV dont je te propose quelques outils en-dessous.

 

Faire appel à la CNV

 

La CNV, c'est quoi ? Pour résumer, c'est une méthode de communication motivée par la bienveillance et le soin de l'autre. Elle permet d'exprimer son ressenti et ses besoins de manière non violente et créé de l'empathie entre les personnes l'employant. Voici un schéma pour t'aider à comprendre comment ça fonctionne car c'est un méthodique : 

 

 

 

C'est une méthode de communication qu'on utilise beaucoup dans le cadre de l'enseignement car elle permet grandement d'apaiser les relations et de gérer les conflits. Je pense qu'elle remédie à ce que je reproche à la X-Card, à savoir l'absence de dialogue derrière quant aux besoins du joueur mais aussi quant à l'origine de son malaise. 

 

"Oui mais s'il n'arrive pas à mettre de mots sur ses émotions ?"

 

Là, je te le dis, directement, on va sans doute me reprocher d'être infantilisante envers les joueurs car je m'inspire ici de mes pratiques enseignantes. Je suis en lycée pro  dans un milieu où il y a un gros souci de communication et de lexique et où les jeunes (entre 15 et 22 ans) ont souvent du mal à mettre des mots sur leur état émotionnel. C'est parfois le cas avec les personnes plus âgées, même adulte, on n'a pas forcément les mots qu'on cherche sur le moment pour communiquer. Voilà ce que je proposerai, des outils d'étayage comme des feuilles "Comment je me sens". Genre t'en imprimes une grande sur la table et les joueurs peuvent se positionner avec une petite gemme de couleur différente, ça te permet de checker viteuf où en sont tes joueurs.

 

 

Mais cette feuille, trouve sa limite assez rapidement puisqu'elle permet uniquement de situer son état émotionnel et son intensité. C'est pourquoi, je propose de faire appel à la roue des émotions.

 

 

Celle-ci nous offre un large panel d'émotions, rapidement réglable de manière manuelle communiquant également nos besoins émotionnels. On peut envisager des revisites de ces roues émotionnelles qui gradueraient en même temps le besoin ludique du joueur concerné : a-t-il besoin d'une pause ? Carrément d'interrompre la parti ? De discuter, d'être rassuré ?  A-t-il besoin de plus d'attention ? Réclame-t-il des XP en plus pour avoir ramené de la quiche ?

 

Ca me semble un peu moins dramatique que la X Card perso et je sais qu'en tant que MJ, j'apprécierais davantage ce mode de communication qui incite à la transparence et à la communication. En plus de ça, une telle roue a l'avantage, à l'instar de la fleur de consentement, d'indiquer aussi le positif pour le MJ. Je trouve ça important de dire à l'autre : je passe un bon moment. C'est comme au pieu : t'as peu de chance d'atteindre l'orgasme si tu communiques rien à l'autre.

 

A une autre échelle, quand je fais cours parfois, je veux m'assurer que tout le monde va bien rapidement. Je pratique la météo de l'humeur. Lorsqu'il y a un léger temps mort ou que j'ai un doute par rapport à un élève, je prends la météo. 

Les élèves signalent brièvement leur état par :

  • une main levée, doigts écartés, symbolisant le soleil et signifiant un contentement.
  • un poing fermé symbolisant un nuage, humeur neutre.
  • une main, doigt vers le bas, symbolisant un nuage qui pleure et que quelque chose ne va pas.

 

Cela permet de discuter rapidement de ce qui ne va pas, l'inconvénient de cette pratique est qu'elle part de l'initiative du MJ. Certains vont râler par rapport au côté côté cul cul météorologique qui pourrait en freiner plus d'un, j'en ai bien conscience, mais je tiens cette pratique d'un formateur ESPE qui lui même le pratiquait avec des adultes. Peu importe la forme, finalement, il suffit de bonne volonté pour communiquer.

 

"Oui mais si on ose pas car le MJ, il fait flipper ?"

 

C'est un point à aborder. Des fois, on est intimidé par le MJ ou les autres joueurs, notamment en conv quand on connaît pas trop les rigolos avec qui on joue. Jean Marc du Gers et Patoche de Toulouse peuvent paraître effrayant au premier abord, je le comprends. Différence d'âge, différence de bagout, différence parfois même de codes sociaux. Ce que je recommande et qui est une pratique pas mal répandue en GN, je crois, ce sont les ateliers avant de se lancer dans le jeu. 

 

Encore une fois, rien n'est obligatoire, ce sont des suggestions.

 

Moi, ce que j'aurais tendance à proposer, en plus de la définition du contrat social, c'est de créer un petit lien de confiance et d'intimité, apprendre un peu à se connaître avant d'entrer en jeu. Pourquoi pas, par exemple avec ce petit jeu que j'ai acheté lors d'une formation à la CNV :

 

Un petit More than a story avant de rentrer dans notre fiction à nous ?

 

C'est un simple jeu de cartes où l'on peut lire des questions sur des expériences que tu as pu vivre, ce qui compte pour toi, tes peurs, ce qui te rassure, etc. Ca coûte, il me semble que je l'ai payé genre 9 ou 10 euros.

Chaque joueur en lit une à un autre, tu peux faire comme ça un ou deux tours de tables et ça permet de nouer un contact, une ouverture et une empathie pour la suite de la partie. Mais encore une fois, c'est une suggestion, hein.

J'ai principalement utilisé ce jeu lors de la prise en main de nouvelles classes afin de créer du lien rapidement et je dois dire que c'était assez efficace, la posture des élèves étaient l'ouverture au dialogue.

 

On peut aussi faire appel à un système de tutorat, genre chacun se trouve un binôme autour de la table et qui sera son ange gardien en quelques sortes. Toujours avec le consentement de tout le monde, hein, on impose rien à personne.

Le MJ, les autres joueurs, ils font pas forcément attention parce qu'ils sont pris dans le truc, et ils auront pas forcément la disponibilité mentale pour décrypter ton paraverbal si jamais tu exprimes pas clairement ton malaise. Le tuteur peut aider le joueur concerné à prendre la parole si jamais celui-ci est dans l'incapacité de le faire car trop déboussolé.

 

Note bien que sans doute comme toi, je trouverais ça dramatique que le joueur en arrive là mais on connaît pas sa vie, on est pas dans ses shoes.  Mais ce que je trouverais plus dramatique, c'est qu'une personne n'ose pas manifester son malaise social ou émotionnel car elle n'a pas la possibilité de le faire et subisse ça pendant des heures. Là, au moins, c'est peut être un peu moins impressionnant pour certains de se tourner vers un autre joueur officiellement chargé de l'écouter si jamais y'a un souci.

 

Après, encore une fois, tous ces outils  : 

1. sont optionnels

2. ne sont pas universels 

 

Et le point de vue développé ici n'engage que moi, je suis pas porteuse d'une vérité universelle et je fais part ici de mes réflexions personnelles. Tu prends ce que tu veux : ça t'inspire, ça t'inspire pas, c'est toi qui vois, tout est okay.

 

Je vous fait à tous des gros bisous, on se retrouve très bientôt pour parler d'un jeu de rôle très poilu. 

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