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Oh, oh, oh. Jeu de mot incroyable dans le titre, t’as vu.

 

J’espère que tu vas bien, mon lapin.

 

Je m’excuse même plus quant à l’irrégularité de mes publications ludiques, je préfère écrire quand j’ai vraiment des trucs à dire et surtout quand j’en ai vraiment l’envie.

 

Là, ce matin, ben, il se trouve que j’ai eu envie, voire besoin d’écrire sur Coelacanthes. Il s’agit d’une campagne de Thomas Munier pour le jeu de rôle Carcère de chez Crado Games. Il peut être également considéré comme un jeu à part entière dont voilà le pitch :

 

" Cœlacanthes est une succession de cauchemars post-apocalyptiques et forestiers dans l'univers des camés. Vous allez vous jouer vous-même dans une descente aux enfers où tout est possible, où douleur, sexe, mémoire et logique se confondent dans le même tourbillon. Oserez-vous affronter ces donjons pour empêcher l'invasion de notre monde par d’abominables poissons morts-vivants venus de la préhistoire ? Un jeu de rôle-performance-expérience au bout de vous-même, garanti 100% borderline, déconseillé aux moins de 18 ans."

 

Dans cette campagne, notre monde est donc envahi par le dafuq et des gros poiscailles dégueux. Si tu lis mon blog, ben, tu sais que j’ai du respect pour les Crado Games, j'ai déjà critiqué Mantoïd mais aussi The Beast sur Suck My Dice. Je pense qu’ils ont un réel intérêt dans le paysage ludique français, avec ce côté expérimental néo-surréaliste qui vient bousculer nos pratiques et notre rapport au jeu, également.

Ainsi, comme dans Mantoïd, on retrouve la pratique du cut-up héritée de Burroughs qui marque énormément le travail de Batro, mais Thomas Munier pratique également l'écriture quasi automatique, ce qui nous donne une esthétique globale chaotique et tout à fait onirique (ou cauchemardesque pour être précise). Bref, grosse inutrition  pour les deux auteurs, l'univers crade de Batro en mash up avec celui de Munier et son écriture végétale incontrôlable et sombre.

 

Comment je suis tombée sur cette campagne ? Je vais pas te mentir, c’est suite à un shitstorm autour d’une interview de Thomas Munier sur un blog appelé 1D100. Au fait, vous avez remarqué ce phénomène « nom de salon de coiffure » pour les blogs et assos de jdr ? 1D100, D1000 et D100…ouais, je sais, mon propre blog comporte le mot "dice" : c'est certes un jeu de mot hyper douteux avec le mot dick mais il est d'un level supérieur quand même. Bref, je vais pas revenir sur le contenu de l'interview, je t'invite à la lire, y'a des choses intéressantes même si je regrette qu'on se focalise juste sur la sexualité dans le jeu car pour moi, la démarche va au-delà du sexe et s'inscrit dans une esthétique plus globale du chaos. Et puis, je dois avouer qu'après l'avoir lue, j'étais pas hyper chaude, j'avais peur de la gratuité de certains thèmes mais j'étais biaisée, je pense, par le focus sur le sexe dans le jeu.

 

 

Coelacanthes, c’est quoi ? A la base, ce sont des gros poissons préhistos tout moches. Là, pour la campagne, ben, on y vit successivement des genres de gros cauchemars au cours desquels on s’explore soi-même. Les joueurs y sont amenés à fouiller leur subconscient mais aussi leurs limites dans un trip initiatique chelou qui fait (con)fusionner le joueur et le personnage, la réalité et la fiction. Tout ça pour finalement essayer de lutter contre les poiscailles de l'Enfer, grandis de cette expérience et aidés de leurs doubles nés de ce vaste bordel cauchemardesque. C'est toujours une démarche intéressante. C'est une thématique qui revient souvent chez les Crado Games, ça tâtonne toujours en ce sens et intellectuellement, ceci peut être cool.

 

J’aime beaucoup le fait que pour pénétrer la fiction, on doit manger une noix. La noix est un fruit qui ressemble à un cerveau et symboliquement, ça nous annonce le mindfuck complet qu’on va vivre - bien que cette pratique ne soit pas très bienveillante envers les personnes allergiques aux noix.* Littéralement, on est amené à se bouffer le cerveau. L'auteur, le jeu veut te choquer et il va le faire.

 

La campagne est qualifiée de "100% borderline" et elle l’est, ça c’est sûr. C’est le grand jeu du « trans » , il joue avec toutes limites, tous les repères. Transjeu, transgenre...On lui a reproché de jouer sur un phénomène de mode autour des questions de genres. Je ne pense pas que ça soit le cas. Ce jeu hybride, monstrueux s’inscrit parfaitement dans les Crado Games, le chaos est au cœur de tout : il vient troubler le genre, l’ethnie mais aussi le jeu puisqu’il se présente sous la forme de petits donjons successifs qu’on explore, comme pour renouer avec les origines préhistoriques ludiques du jeu de rôle, un peu comme ces poissons dégueulasses qui viennent envahir l'univers dans lequel on joue, mêlés à des pratiques et une esthétique néo-surréaliste punko trashouille.

 

Trop trashouille ? C’est la question que semblent se poser beaucoup de joueurs -ou plutôt de lecteurs car au final bien peu l’auront testé et moi-même, je ne jouerai pas à cette campagne qui aborde des thèmes tels que le viol et la pédophilie, c’est un jeu très violent mentalement. Trop pour moi. Dans le bouquin, ça parle de L’Enfant Dissocié, un autre scénario que Batro et Munier ont fait joué en bi-table. 
J’y ai joué. Et je sais que ce jour là, j’ai été perturbée de manière durable quand on m’a expliqué qu’un fœtus cosmique pénétrait mon crâne de son érection pour y répandre son foutre cosmique. Là, je n’étais plus du tout dans ma zone de confort et sur le coup, j’étais vraiment choquée. J’ai pas su signaler mon malaise mais j’ai globalement apprécié la suite de la partie, très intéressante.

 

Des outils sont proposés dans cette campagne afin de sécuriser les joueurs, notamment avec le pouvoir d’extraction qui permet de sortir de la partie, l’auteur propose également de faire de nombreux débriefs et des pauses entre les six cauchemars que nous vivons. Et puis surtout, il propose en début de partie une expression claire des sujets tabous à ne pas aborder au cours de la partie. On peut très bien jouer la campagne en mode censurée, certains cauchemars bénéficient alors d’une description alternative évitant le sujet. Le suicide devient meurtre, le viol est changé en baiser volé, on gomme la pédophilie en rendant majeur les victimes.

 

Tant et si bien que finalement, on est en droit de se demander, si la dernière limite que vient brouiller ce jeu, ce n'est pas celle de la morale. On a l'habitude des jeux sales avec Batro mais se retrouve-t-on aujourd'hui avec un jeu salaud, c'est à dire douteux moralement ?

 

Certains ont accusé le jeu de faire l’apologie de la pédophilie et du viol. Non, ce n’est pas le cas. Même s’il y a bien dans la campagne des scènes de pédophilie, le jeu ne nous incite pas à l’empathie envers les pédobears, clairement, ils sont présentés comme repoussants et ignobles. Le zob du père Carogne (d’ailleurs, même dans son nom, on entend la charogne avant même qu’il soit présenté comme un monstre) est présenté comme répugnant, son physique en décomposition renvoie à ce qu’il est intérieurement, de même que sa femme pedobear ne nous inspire pas la sympathie.

 

On peut censurer ce cauchemar encore une fois, notez le mais ce qui m'a choquée, c'est la possibilité d'incarner ces criminels ou la victime pendant la scène dans un délire cauchemardesque. Ca, c'est impossible pour moi, je me sentirais beaucoup trop souillée intérieurement. C'est sans doute l'effet recherché, nous faire bader mais non. Juste non. Même si on peut résister et ne pas commettre l'acte et mourir, je ne peux pas. C'est beaucoup trop chaud pour moi.

 

Ce ne sont pas des thèmes que moi, en tant que joueuse, je peux supporter. C’est pourquoi je ne jouerai pas à cette campagne telle quelle. Si un jour, j’expérimente, ce sera en mode ultra-censuré. Je me fiche qu’on me traite de fragile, je connais mes limites et ça tombe bien, le jeu prévoie de prendre soin des joueurs en communiquant régulièrement avec eux et en leur offrant le pouvoir de s’en extraire à tout moment.

 

En résumé, l'oeuvre de Thomas Munier n'est clairement pas tout public mais il nous prévient et des mesures sont prises afin de sécuriser au max la partie. Des mécaniques de jeu et une démarche intellectuelle et esthétique recherchées mais qui vont trop loin pour moi, dans les thèmes abordés. N'ayant pas expérimenté le jeu, je ne peux évaluer l'efficacité et la pertinence des mécaniques visant à troubler la frontière entre le joueur et le personnage mais une chose est sûre,le contenu scénaristique assure un malaise bien trop important pour moi, c'est du hardcore-rough mindfuck game,  et ça, la pauv' Morora peut pas encaisser.

 

En plus, j'aime pas trop le goût des noix, ça me laisse toujours un petit goût acide sur la langue.

 

 

 

 

*Comme quoi, Thomas Munier pense à tout pour  que la partie se passe bien car il propose même une alternative aux noix prévues :

"Une vingtaine de noix et un casse-noix. Des noisettes peuvent aussi faire l’affaire. Prévoyez deux ou trois bonbons (sans gélatine, s’il vous plaît) au cas où des joueuses seraient allergiques."

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