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Surpraïz, mozafucka. 

Tu t'attendais pas à me revoir, hein ? Tu croyais que Suck My Dice, c'était fini ? Et ben non, désolée mais c'est pas prêt de s'arrêter. Juste que des fois, ben, ça fait du bien de se tenir à l'écart du monde ludique et que ma vie pro me prend énormément de temps pour rien te cacher. Mais bon, je reviens tout à fait ressourcée, au maximum de moi-même telle Britney Spears dans "Stronger than yesterday". 

 

Ressourcée, prête à affronter de nouveaux shitstoooorms, oh yeah ! 

 

Donc, je suis de retour. Et non, je ne céderai pas à la tentation de citer Pokemon afin de montrer combien je suis une personne cultivée et de bon goût. La culture élitiste, ça va un moment. Non, non, je dirai simplement que j'ai attendu la saison hivernale pour revenir, un peu comme la gastro. Bref, SMD, le blog qui fait chier est de retour. Mais on reprendra pas cette saison avec du caca. Oh que non.

Aujourd'hui, on va parler de l'asso toulousaine Dé à une face. Les loulous, lisez-moi bien -et je vais pas me faire que des copains en écrivant ça mais si y'a bien une asso qu'il faut connaître dans la région toulousaine, c'est celle-là. Le reste, c'est un peu du pipi de chat borgne et diabétique.

Pourquoi ? C'est pas une asso classique où on se contente de poser ses miches sur une chaise un jour par semaine, en mangeant des chips (même si je pense qu'ils doivent manger des chips, parfois, on va pas se mentir). C'est une asso dynamique, ambitieuse et putain de stylée qui propose des actions et activités permettant la réelle diffusion d'une culture rôliste, la transmission de savoirs ludiques et de nourrir un esprit critique vis-à-vis de l'ensemble de la production rôliste. Et rien que pour ça, je les respecte infiniment car si le rôliste est un être de parole, Lola Perrin, la fondatrice de l'asso, c'est une femme d'action.

Cet article a pour but de revenir sur l'une de leurs dernières entreprises, à savoir un stage de game design qui a eu lieu du 30 octobre au 3 novembre 2017 animé par Jérôme Larré et Coralie David. 

 

Dé à une face, c'est quoi, c'est qui, wesh ? 

 

Dé à une face, c'est quoi ? C'est une association fondée et présidée par Lola Perrin, il y a tout juste un an mais qui connaît une réelle activité depuis juillet seulement et qui a deux buts principaux : "démocratiser et populariser le jeu de rôle dans les milieux où on a pas l'habitude de le voir traditionnellement, et le second est de filer un coup de main aux auteurs en herbe de jeu de rôle en organisant pour eux un certain nombre d'actions concrètes", nous explique Lola, attablée avec son fidèle acolyte, Paul. 

Dé à une face envisage en effet de promouvoir le jeu de rôle en prison, en maison de retraite et dans les quartiers défavorisés parce que c'est trop des thugs mais se concentre pour l'instant sur son deuxième but, à savoir le soutien aux auteurs de jeu de rôle en herbe, avec notamment ce fameux stage de game design, ce qui est tout nouveau dans notre pays selon Paul :  "On a mis en place le stage de professionnalisation en game design qu'on a appelé D1+game design, c'est le premier d'une longue série, on est parmi les seuls à le faire pour l'instant en France

Combien fallait raquer ? Avant de parler money, faut d'abord que tu notes que toutes les actions de Dé à une face sont gratuites en dehors du stage présenté ici. Stage pour lequel fallait filer 200 euros pour une semaine, avec une réduction à 150 euros pour les étudiants. Même si ça reste très abordable par rapport à la durée du stage, l'asso a conscience que "ça reste un prix pour certain". Des mecs pas déconnectés de la réalité et qui cherchent à être accessibles au max. Je respecte d'autant plus leur démarche. 

 

Un stage en game design qui secoue ta mère-grand

Comment ça se passe, exactement ? "Cinq jours, avec des cours de 9 h à 18 h à peu près, on avait des ateliers théoriques puis pratiques. Le but de ce stage était de créer un prototype de jeu de rôle en cinq jours, en étant passé par toutes les étapes nécessaires pour qu'il ne manque rien dans ce jeu. Donc il y a eu des playtests et au bout de trois jours, on a été étonnés de constater qu'on avait réussi des protos de jeu de rôles qui étaient jouables, prêts à être montrer à des copains pour être testés". 

Pas moins de 12 stagiaires se sont pointés à ce stage et ont collaboré par petits groupes dans le but de produire leurs protos de jeux de rôle. Côté stagiaires, les mecs étaient vraiment déters. Y'en a même un mec, Max, qui est descendu de Lille pour venir se joindre à la ligue des game-designers extraordinaires. Avec Samuel et Xavier, ils témoignent : "C'était une semaine riche, fatigante, c'est le genre de stage qu'il faut faire avec l'envie de s'impliquer à fond, on avait des choses à préparer pour le lendemain ! C'était extrêmement complet, des apports théoriques, c'était hyper intéressant, et des choses plus pratiques, comment on peut s'y prendre et la place majeure du playtest, c'est ça, surtout".

 

 

 

Quand j'ai interviewé les stagiaires, je n'ai eu que des retours positifs, c'était un peu chiant car j'aime bien bitcher. En vrai, ça s'est tellement bien passé en terme d'ambiance et de production ludique que Lola se laisse aller à rêver à  "un stage complètement immersif où on vivrait tous ensemble, un genre de grand Poudlard du jdr !".

 

"On a eu du narrativo-vegan, faut en parler"

Ils nous ont pondu quoi alors, les stagiaires pour l'occasion ? Lola revient sur la production ludique du stage : "Le premier groupe a fait un jeu qui parlait des séries TV des années 90, avec du voyage dans le temps ; après y'a eu Peluches et Chapardeurs, créé par 4 des stagiaires, qui est un jdr d'initiation pour jouer au jdr avec les tout petits à partir de 5 ou 6 ans, où on peut avoir le droit de régresser tout en liberté tout en initiant nos enfants au jdr. Ca pourrait être une boîte chez Hachette édition, "mon premier jdr", raconte Paul.

Perso, je suis pas mal hypée par Peluches et Chapardeurs car pour en avoir discuter avec Xavier Max qui ont bossé dessus, le jeu a l'intelligence de permettre de "se projeter avec une base dans le réel, ça ressemble à ce qu'ils font déjà par eux mêmes" en terme de résolution d'action et de dialogue. Le jeu va être peaufiné et apparemment mis à disposition sur internet donc à voir comment ça évolue, j'aimerais beaucoup en faire le test avec des mômes !

Et puis, il y a eu Douce Nuit. Un jeu pas si doux que ça et qui pour le coup, me brancherait vachement. On y incarne des enfants entre 6 et 10 ans qui se sont échappés d'un centre hospitalier. Ces enfants sont tous handicapés ou atteints d'une maladie grave. Or, c'est le 24 décembre, et ils ont décidé de surmonter leurs souffrances quotidiennes pour mener une grande aventure et aller voir les illuminations sur la place centrale de la ville ! Un jeu emprunt d'un vrai propos, qui aborde des thèmes difficiles tels que la maladie et la mort chez les enfants. "C'est tout de même raconté comme un conte de Noël, les enfants croient toujours à la réussite de leur entreprise", précisent bien Lola et Paul qui font partie des auteurs de ce jeu. 

 

Douce Nuit, la nouvelle sensation narritivo-mentholée de Dé à une face.

Existe aussi en version agrumes.

 

A noter qu'une session entièrement gratuite et réservée aux étudiants est prévue mais dont les cours seraient étalés sur plusieurs mois. Dé à une face envisage une à deux sessions par an, toujours avec Brand et Coralie David mais sont tout à fait ouverts à faire intervenir d'autres auteurs ou éditeurs sur le stage ou des sessions plus courtes sur des sujets plus thématiques.

 

Suivez les lapins blancs ! 

 

Brand et Coralie David, ça te parle ? Lapin Marteau. Mais si tu les connais. Ils ont tout récemment sorti Jouer une partie de jeu de rôle (dont je te recommande la lecture). Ouais, c'est un peu comme la collection "Osez" de chez La Musardine pour apprendre à mieux gérer au pieu et à réfléchir à ses pratiques. Osez la fellation, osez la sodomie, etc. sauf que là, c'est pour apprendre à jouer, pas à jouir.

Du coup, on a pour l'instant Mener une partie de jeu de rôle, Jouer une partie de jeu de rôle et dans le cadre d'unstage, les lapinous nous initient désormais à l'écriture et à la conception d'un jeu de rôle. Ce qui me botte bien dans la démarche, c'est que ça a été fait  de manière décomplexée et bienveillante, pas de bourrage de crâne à vouloir te faire croire que telle pratique est supérieure à une autre. Pousse le volume à fond et lis donc notre sage Brand :  "y'a plein de chapelles, courants, choisissez un style, une direction créative, gardez les yeux ouverts et ne soyez pas dogmatiques, y'en a pas une meilleure que l'autre".

 

 

Faut savoir que je suis allée interviewer l'asso, les stagiaire, Brand et Coralie David juste à la fin du stage. Les mecs étaient pas bien, ils en pouvaient plus, je les sentais vidés de toute énergie mais en même temps satisfaits de l'expérience, "On a dit 30 h mais si on compte les nocturnes, c'était bien plus que ça. C'était un stage où on prend une semaine pour ne faire que ça", explique Coralie.

Dé à une face, Lapin Marteau, ça s'est fait comment ? J'ai écouté Brand raconter leur rencontre avec Dé à une face C'est tellement mignon cette manière qu'il a d'en parler, j'avais presque envie de balancer le générique de Friends pour l'accompagner. "On traînait dans les mêmes lieux, à L'Yggdrasil, un restaurant-jeux. C'est là qu'on a trouvé des flyers. De l'aide aux auteurs ?  On faisait pas mal ça à côté, il y a quelques années. On organisait des trucs, et puis le Game Chef, aussi. On s'est dit autant rencontrer ces gens, voir ce qu'ils font. Depuis, on se quitte plus"". I'll be zere for youuuuu, tout ça. 

Le but du stage était de proposer un programme qui pouvait intéresser les auteurs de jeu, des méthodes et des outils pratiques "pour tester les jeux, les élaborer, être autonomes et se rendre compte tout seul quand ça merde, savoir quand faut refaire des playtests" précisent les lapinous. 

Evidemment que j'ai posé la question de savoir s'ils allaient pondre un bouquin avec tout ça, tu t'en doutes. Ben, c'est pas prévu à l'ordre du jour. Il faut dire que la forme du stage possède de solides atouts que ne possède pas un manuel : "pouvoir essayer, passer la moitié du temps à faire de la créa et l'autre moitié en cours magistraux, cet équilibre serait difficile à retrouver dans un livre" donne pour explications Brand, complété par Coralie, "C'est vrai que ce temps restreint, sur la semaine, on peut le comparer aux résidences dans d'autres médias comme le théâtre ou la musique ; on arrive à faire beaucoup de choses dans un espace très restreint avec un groupe de créatifs. C'est une méthode qui porte tout de suite ses fruits, alors qu'un bouquin, on le lit tout seul, c'est à chacun de se mettre la discipline."

 

"La Discipline", célèbre tableau représentant un playtest au cours du stage D1+game design dans une baignoire. <3 

 

Alors, moi ça m'a rendue curieuse et j'ai voulu savoir ce que contenaient les cours théoriques. Et bien loin d'imposer une vision unique de ce qu'est le jeu de rôle, c'est la diversité et le choix qui est mis en avant dans la partie théorique, on développe un esprit critique, on apprend à sélectionner ce qui nous convient, Coralie nous en a très bien parlé du coup, je balance un gros pavé : "C'est important de leur apporter une culture aussi, on va leur montrer la diversité des JdR, et leur donner un aperçu de tout ce qui existe pour les inspirer ; par exemple, ça peut être leur montrer ce qui a marché ou pas assez, car certains jeux étaient en avance sur leur temps. On voulait leur transmettre une culture de tout ça. Quand on crée un jdr, on a tous parfois l'impression de créer un truc génial. Mais en faisant des recherches, on s'aperçoit que ça existe déjà, il faut donc voir à quel point on s'en inspire, à quel point on s'en éloigne. Ça leur a plutôt plu, et ça leur a donné envie de creuser plus avant. [...]

On n'est pas rentrés dans des définitions trop complexes : on avait besoin de leur transmettre des choses opérables, utilisables pour leur projet de jeu. Par exemple, on leur a posé la question suivante : quel rapport entre univers réel et jeu de rôle ? Très souvent, on joue pour s'évader, mais d'autres rapports existent. On leur a aussi parlé des différents genres apparus au fil du temps, et comment on les hybride, notamment. On a également évoqué ce qu'on appelle des formes, c'est-à-dire les types ou sous-types de jeux de rôle, les théories principales, le fait qu'il existait une école critique, la Forge, et legenre de questions les créas de jeux se posent. Par exemple, on leur a expliqué un truc tout bête : le JdR s'inspirait beaucoup de littérature au début, puis dans les 80's, il est allé chercher dans les codes du cinéma, et tout cela influence les codes du jeu : si l'inspiration change, vous cherchez à émuler des choses différentes et donc, le game design se modifie."

 

Pour en revenir à la pratique, les stagiaires s'exerçaient à partir d'un jeu témoin pour expérimenter différentes mécaniques et approches du jeu de rôle. Puis le soir, ils enchaînaient direct sur l'élaboration de leurs protos. C'était finalement une phase pratique qui se déroulait sur deux paliers que les stagiaires ont beaucoup apprécié bien que ça soit très fatigant intellectuellement. Les mecs étaient bien en mode guerriers. Le seul regret mentionné au bilan de ce stage a été qu'il n'y ait qu'une seule femme présente au cours de l'expérience. Alors, les filles, si ça vous dit, la prochaine fois bougez vous les fesses vers Dé à une face et Lapin Marteau ! 

Merci à Lola, Paul, Jérôme Brand Larré, Coralie David, Xavier, Max et Samuel d'avoir réalisé avec moi ces entretiens. 

A très bientôt sur SMD pour de nouveaux articles ! Promis, j'essaye d'être plus régulière dans mes publications que G.R.R Martin ! 

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