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Musique bien clichée, ambiance tamisée. J'ai pas de blouson de cuir noir pour avoir l'air viril et mystérieux mais j'ai une superbe bomber jacket à motif floral car bien au fond de moi se cache  un être bien kikoo.

Aujourd'hui, un article différent de ce que j'ai proposé jusqu'à maintenant ! En effet, malgré les risques encourus (torture, jeux de mots pourris, gifs à gogo et insolence potentielle), Cédric Ferrand a accepté de se faire interviewer par Suck My Dice, le blog au papier peint à rayures roses qui fait chouiner les mascus et les tradis dans les chaumières.

 

Morora : Yo, yo, Cédric Ferrand ! Tu vas bien ? Je voulais te remercier car tu es mon premier interviewé donc merci pour ta confiance, c’est vraiment un honneur pour moi.

 

Natacha : Oui, parce que moi je m’en cogne, je voulais qu’on interviewe les mecs de One %, des vrais bonhommes qui pèsent dans le game.

 

Cédric Ferrand : Salut les filles ! Ça me très plaisir d’inaugurer la section entrevue de Suck my dice. Vous avez un petit côté Pierre-Emmanuel Barré qui m’a tout de suite parlé.

 

Morora : Arrête de jouer les gentils, on voit clair dans ton jeu. Tu dis ça pour nous flatter pour pas qu’on cogne trop fort. Mais comme Jack l’Eventreur en 1888, on va rentrer directement dans le vif du sujet. On a bien maté ta production ludique et on est retombé en enfance.

 

Natacha : Ouais, on avait l’impression de lire le derrière d’un paquet de céréales où fallait chercher l’intrus.

 

 

Morora : Raôul, mec, Raôul. Après avoir bossé sur Vermine, Wastburg, Nightprowler ?

Un hommage à ta jeunesse nous dis-tu dans l’avant propos de la réédition de Raôul de juin 2017.  Tu sais que normalement la madeleine de Proust est trempée dans du thé, pas du pastis ?  

 

Cédric Ferrand : Comment ça, retombé en enfance ? Hey, je suis pas Bernard Minet qui vient fourguer son énième compilation des tubes du Club Dorothée, moi. Ensuite je remarque qu’il y a des jeux qui ont été volontairement omis dans ma présentation. Par exemple les deux éditions de Soap, un JdR qui permet d’incarner des personnages à la Dallas/Côte Ouest. C’est marrant, d’ailleurs, car jamais personne ne m’a écrit pour me dire que je me foutais de la gueule des riches oisifs.

 

Soap. Un jeu avec lequel on a l'air de pouvoir simuler du "Coeur A Ses Raisons"

 

 

Natacha : Le mec nous parle du Club Dorothée. Malaise, malaise.

 

Morora : Alors, dis-nous, Cédric, on a un peu suivi ton actu, cet été. On a pensé que “Shitstorm sous les Tropiques” serait un bon titre pour illustrer ton aventure avec Raôul. On s’est déjà exprimé sur Suck My Dice sur les représentations sociales et corporelles que véhicule le jeu selon nous. La seule question qu’on aimerait te poser, c’est : est-ce que Raôul, c’est pas un jeu égoïste ? Dans le sens où ça te faisait plais’ à toi de bosser dessus, en hommage à ton enfance, alors que ce jeu, ne veut plus rien dire, aujourd’hui et est l’écrin d’une société dépassée -et cela malgré tes nombreux apports en terme de vocabulaire contemporain et de références culturelles et politiques !

 

Cédric : Effectivement, il n’y a personne qui m’a demandé de rééditer Raôul. C’est moi qui suis aller démarcher BBE avec ce projet. Et avant cela, quand j’ai demandé à Patrice Larcenet le droit de rénover son campigne, il m’a à maintes reprises déconseillé de le faire. Lui se doutait que la réception du retour-du-fils-de-la-vengeance-de-Raôul pourrait être compliquée car on ne laisse plus passer certaines choses. Donc, oui, je me suis fait plaisir, quelque part.

Par contre, si je suis passé à l’acte, c’est aussi parce que le jeu était devenu inaccessible (à part sous le format d’un vieux scan tout poucrave dans un zip de Warez). D’ailleurs, je remarque que les critiques comme celle de SMD ou même de Radio-Rôliste n’ont pas lu la première édition. Tout simplement parce que le jeu est doté d’une certaine réputation, mais qu’il est trop difficile à obtenir pour juger sur pièces. Tout ça pour dire : je voulais rendre Raôul à nouveau disponible, mais que contrairement à Rêve de Dragon, je ne me voyais pas ressortir le jeu tel quel, dans son jus d’époque. D’où une réécriture où j’ai essayé de rendre le campigne plus actuel. Mais comme je ne fréquente pas les campignes et que je ne vis plus en France, il se peut que j’ai décrit un campigne de 2017 qui n’est en fait qu’une version des 90’s un peu maquillée pour faire contemporain. J’ai mis des références modernes, mais je n’ai pas repensé le campigne de fond en comble. Ça se voit avec le délire sur le passé nazi du camp, qui fait peut-être rire les quadra comme moi mais ne doit pas trop parler à la génération rôliste suivante.

 

 

 

Natacha : Merci pour ce pavé, ça fait très mai 68. En vrai, on sait que si tu fréquentes plus de campignes, c’est parce que tu t’es exilé à l’étranger pour des raisons fiscales. Trop de pognon grâce à Wastburg.

 

Morora : Pour ce qui est de lire la première édition, tu as raison, je n’y ai pas eu accès, ou tout du moins pas de manière complète malheureusement. C’est un jeu qui était jusqu’alors très difficilement trouvable. Mais je suis jeune. J’ai une excuse. Radio-Rôliste, eux, ils sont vieux. Entre SOAP, Raôul et puis, la peinture de la société de Wastburg, non sans humour, également... la satire sociale, c’est quelque chose de récurrent finalement dans ton oeuvre ?

 

Cédric Ferrand : J’ai du mal à regarder mes contemporains sans rire. C’est sans doute un mécanisme de défense, mais je suis d’une nature moqueuse. Adolescent, j’ai beaucoup écouté Desproges, il a teinté mon regard et mon écriture. Brassens et Brel, étaient eux aussi de redoutables railleurs, et j’ai beaucoup été biberonné à ces textes-là. Quand j’écris du JdR ou du roman, le cynisme rigolard refait systématiquement surface, je ne peux pas m’en empêcher. Alors plutôt que de lutter contre mon penchant, j’ai décidé de l’embrasser. Il ne faut pas compter sur moi pour la poésie et le choc des idées. Par contre, pointer du doigt les travers des autres et les brocarder, ça je sais le faire.

 

Natacha : Moi aussi, je dirige souvent un doigt vers les gens. Le majeur.

 

Morora : Natacha, tais-toi, on va passer pour des petites connes insolentes ! Pas si cynique puisque tu t’engages dans la lutte féministe avec Et Pourtant Elles Jouent ! Est-ce que cette volonté d’égalité, elle t’influence lors de ton processus créatif ? Est-ce que, à ton échelle d’auteur, tu mets en place des choses dans tes univers, dans tes scénarios ?

 

Cédric : C’est assez récent comme prise de conscience, donc ça influence des textes qui ne sont pas tous encore sortis. En fait, Raôul est le premier jeu où j’ai exercé un oeil critique sur le sexisme ludique et où j’ai senti le besoin de dire explicitement qu’il ne fallait pas prendre le titre du jeu au pied de la lettre et s’interdire de joueur une beauf.

Quand Batronoban m’a demandé d’écrire un supplément sur Québec en 1754, j’ai tout de suite voulu en faire une nouvelle plutôt qu’un livret descriptif. Et quand est venu le moment d’esquisser le protagoniste de mon histoire, l’archétype du coureur des bois s’est imposé car c’est l’image d’Épinal du truc. C’est en lisant “Elles ont fait l’Amérique” de Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque que j’ai lu les biographies de ses femmes aventurières qui ont vécu des péripéties incroyables. J’ai donc repris ma nouvelle à zéro en prenant pour héroïne une bourlingueuse. Et la nouvelle est sortie bien plus facilement avec ce personnage.

Aujourd’hui, je prends systématiquement le temps de me poser la question du genre de mes PNJ. Et quand je propose du matériel, j’essaye systématiquement de me mettre à la place d’une joueuse qui lirait le bouquin en faisant en sorte que le jeu s’adresse à elle aussi. Typiquement, dans la prochaine édition de Wastburg, nous avons veillé à ce que les pré-tirés et les historiques des personnages proposent autant de rôles féminins que masculins. Et pour bien faire, nous avons ouvert nos rangs à une auteure.

Je ne suis pas un militant dans le sens où je ne défile pas pour la cause et je ne participe pas à des actions visibles. Mais j’essaye d’être un allié actif en faisant changer les choses à mon niveau. Et en essayant d’être également inclusif quand je parle JdR sur Facebook ou sur un forum.

 

Morora : Ouah, c’est hyper cool que tu nous dis là !

 

Natacha : Le mec pèse dans le game. En plus, il a bossé avec Crado Games !

 

 

Morora : Oui et nous, on aime Crado Games. Québec en 1754, c’est Colonial Gothic, nan ?  Tu dis que tu réfléchis au genre de tes PNJ, ça se passe comment exactement, tu peux nous en dire plus ? Parce que là, on est dans une autre démarche encore que celle proposée par Jérôme Barthas et son tirage aléatoire du genre donc c’est intéressant de comparer le processus !

 

Colonial Gothic. La nouvelle sensation ludique de chez Crado Games. Jouez dans une ambiance façon The Revenant et souffrez comme Leonardo Di Caprio. Sauf que vous gagnerez sans doute pas d'oscar à la fin. 

 

 

Cédric Ferrand : Je fais la différence entre les moments où j’écris (car là j’ai le temps d’y penser) et les moments où je maîtrise (où j’improvise le plus souvent). Quand je rédige un scénario, je me questionne sur le bien-fondé du sexe d’un PNJ en prenant le temps de l’imaginer de l’autre sexe (ou même d’une autre sexualité) pour voir si ça change la scène ou les enjeux du scénario. Et je fais le choix le plus intéressant. C’est pas compliqué, c’est comme faire une relecture pour vérifier l’orthographe et la grammaire.

Quand je maîtrise, c’est différent car je n’ai pas le temps de prendre du recul, je dois y aller à l’instinct. Or mon instinct, il est de reproduire les schémas qui m’entourrent. Donc si on me demande de sortir un PNJ de mon chapeau, je vais te pondre un mec cisgenre blanc hétéro dans 90% des cas. Mon imaginaire est gorgé de ce type de personnages, c’est la représentation par défaut. Alors le truc, c’est de se prendre soi-même à contre-pied en faisant l’inverse de ce que ta propension te dicte. Y aller à rebrousse-poil. Et c’est vrai que l’aléatoire a du bon, dans ce cas-là. À ma table d’Urban Shadows, j’ai une table aléatoire de noms pour des PNJ. J’ai bien évidemment fait en sorte qu’elle soit paritaire, et quand mes joueurs ou moi-même inventons un PNJ, on lance les dés. Et le hasard nous force la main. À un moment, on avait besoin d’un chef de meute pour les loups-garous du quartier : paf, c’est une femme, nous disent les dés. Ah. Merde. C’est hyper patriarcal, dans notre imaginaire, des garous. C’est mâle alpha et compagnie. Il a fallu donc expliquer comment cette nana était arrivée à la tête de la meute, et du coup ça a créé de la matière, du drama dont aurait manqué un chef de meute masculin lambda. C’est pas tant une contrainte qu’une opportunité de sortir des sentiers battus. Le JdR repose beaucoup sur des clichés, des tropes et tout un tas de stéréotypes qui facilitent la création d’un imaginaire commun, mais il faut aussi savoir tordre ces lieux communs pour se surprendre collectivement.

 

 

Morora : En parlant de surprendre, tu comptes nous proposer quoi en terme de production ludique et littéraire, prochainement ?

 

Natacha : Si tu pouvais essayer de nous donner un scoop histoire de niquer le game actu rôlistes, ça serait sympa.

 

 

Cédric : Niveau JdR, j’ai rendu le manuscrit d’une mini-campagne montréalaise pour la VF de The Sprawl. Le postulat est le suivant : un virus mortel éradique la population française. Les français expatriés se regroupent à Montréal pour fonder une Nouvelle France. Sauf que magouilles, donc opérations clandestines, donc tacatacatac, donc prothèses chromées et reflets de néons sur la neige.

Je travaille en ce moment sur un gros scénario Nephilim dans le cadre de la 5e édition. L’intrigue devra faire en sorte d’expliquer comment les personnages constituent de facto un groupe plus ou moins soudé quand ils sortent de leur stase de nos jours. Je fais des recherches sur les mouvements de résistance lyonnais, à cette occasion.

Et en tâche de fond, il y a encore et toujours Wastburg. Nous travaillons sur une seconde édition. C’est un travail collégial, c’est donc très plaisant de bosser avec des amis virtuels qui apportent chacun une couleur différente à cette cité qui n’en finit pas de me surprendre.

Niveau roman, je travaille sur la seconde enquête mystérieuse de Sachem et Oxiline. La première se déroulait dans le Montréal de 1930, la seconde prendra place pendant l’exposition coloniale internationale de Paris en 1931. Elle s’intitule “Le Tour du monde en un jour”.

 

Natacha : Je trouvais qu'Oxiline, ça sonnait comme un nom de médoc contre la gastro alors j'ai tapé ça dans google images. Je suis tombée sur ça. Fascinant.

 

 

 

Morora : Chut, Natacha ! Ben écoute, merci beaucoup pour ce petit entretien, Cédric ! On attend de lire ça avec impatience ! See ya,les lapinous !

 

 

Merci à Cédric Ferrand pour sa collaboration, sa patience et sa bienveillance au cours de l'entretien. <3

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